Quand cest un sdf qui te console.
Ce matin, j’ai assisté à deux messes à 1h30 d’intervalle. J’avais besoin d’être en Eglise pour de nombreuses raisons. A la sortie de la première messe, je croise mon pote A. un ex-sdf. Cela faisait quelques mois que nous ne nous étions pas vus. Je venais de piquer deux cierges à l’Eglise. Je le fais lorsque je n’ai pas de monnaie et paie un autre jour. Là, il se trouve que je propose à A. de venir prendre le petit déjeuner avec moi. A. sait que je suis un acheteur compulsif qui se soigne, je lui raconte mes déboires financiers et ma guerre des tranchées au taf ; je ne lui dis rien sur l’alcool sans quoi, il me fout une baffe illico presto. A. est connu pour avoir rattrapé des faucheurs de sac appartenant à des personnes du troisième voire du quatrième age sur le marché. Les flics lui ont même dit de se contrôler un peu tant les voyous s’en prenaient dans la gueule. A. était un excellent travailleur manuel, menuisier, puis accident de travail, invalidité et la rue pendant de longues années. Aujourd’hui, il a un petit studio mais vit toujours d’aumônes. Après avoir écouté avec attention mes lamentations, il lève son t-shirt et me montre une immense cicatrice. Il me raconte qu’on l’a opéré de l’estomac, qu’il est resté deux mois à l’hosto. Le système de « relativisation » de mes ennuies se met en place au fond de mon cœur. Il me sort les mots de mon psy mais de manière vécue et non hypothétique ou encyclopédique. Quelle bouffée d’oxygène ! Il me propose des dates de rassemblement de catholiques au service des plus démunis. Le genre de lieu et de date que tu ne peux connaître que si tu as vécu dans la rue et proche de l’Eglise ou que tu es toi-même bénévole dans ces endroits mais en général ce sont plutôt des sœurs qui y travaillent. J’avais l’impression que cet homme savait exactement dans quel étrange déséquilibre je suis embourbé. « Il te faut voir d’autres personnes, me dit-il ». J’ai déjà abandonné mes pseudos ami(e)s lorsque j’ai commencé à manger des pâtes et que pratiquement personne ne m’a aidé alors que certain me doivent encore près de 2000 euros, mes collègues de travail je n’arrive plus à les encadrer donc finit aussi… il ne me reste que des contacts cathos et ma famille. Je comprends finalement qu’en réalité il veut me présenter à une catho de mon âge, une petite amie catho pratiquante. Je sens tout mon corps qui me dit : « IMPOSSIBLE ! La tentation serait trop grande ! Et ma vocation, si elle existe ?! NON ! AUCUNE RELATION QUI POURRAIT M’ELOIGNER DE L’EGLISE. » Il y a quelques jours, j’ai craqué et dépensé 200 euros, que je n’ai pas, pour trois polos. Comment voulez-vous que je résiste aux charmes d’une jolie femme ? Au début, c’était difficile mais encore contrôlable parce que c’était un défi mais aujourd’hui, je ne pourrais pas répondre mes actes. « L’esprit est fervent mais la chair est faible ». Merci A. j’accepterai ta proposition lorsque je serai sûr que mon rôle est d’être le père d’une famille catholique. Il faudra bien sûr que je renfloue mes comptes et que j’arrête les grands crus.
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